Après « Français, langue d’adoption », le réseau des médiathèques de la ville d’Argenteuil, dans le Val d’Oise, m’a de nouveau sollicitée pour une nouvelle série de podcast. Passée le sentiment de reconnaissance qu’implique un tel choix, je me suis demandé : comment faire pour produire un nouveau contenu audio dans le même esprit tout en évitant la répétition ? Que ce soit pour le podcast ou tout autre média créatif, c’est la question de l’équilibre entre rester fidèle à une identité et proposer quelque chose de nouveau.
Un contexte similaire pour un nouveau projet de podcast
Ce qui ne change pas, ce sont toutes les étapes du processus. J’ai d’abord échangé sur les besoins de la responsable de l’atelier de français parlé qui me demandait cette nouvelle série de podcast. C’est sans doute à cette étape initiale que je me suis particulièrement concentrée sur ce que ce nouveau projet avait de différent du premier.
À première vue, les similitudes étaient nombreuses. Le lieu, les encadrants, l’atelier étaient les mêmes. On était toujours à la médiathèque Elsa-Triolet&Aragon, dans le centre-ville d’Argenteuil, la bibliothécaire (et cheffe de ce projet) ainsi que ses collègues accueillaient des personnes qui veulent progresser le français à l’atelier de français parlé une fois par semaine.
Dans les faits, le roulement entre les différentes médiathécaires a été plus fréquent. Les participants ont pu ainsi bénéficier de différentes intervenantes et de leurs approches diversifiées. On a reçu la visite une fois d’une deuxième bénévole. Les personnes qui se sont présentées à l’atelier n’étaient pas toutes présentes lors du précédent travail de podcast. Il y a eu même beaucoup de nouveaux : à plusieurs reprises, lors des sessions d’enregistrement, on a atteint 25 participants ! Un succès pas facile à gérer tant du point de vue pédagogique pour les apprentissages que du point de vue technique pour le podcast…
La principale différence entre la première commande de podcast et cette nouvelle série résidait dans le fond. La médiathèque souhaitait lier les activités de l’atelier de français parlé à un événement national : Les Nuits de la lecture. La 9e édition qui se déroulait partout en France du 23 au 26 janvier 2025 avait pour thème le matrimoine. D’un commun accord, nous avons travaillé avec les participants la notion d’héritage(s) et de patrimoine, personnel et collectif. Autrement dit, il ne s’agissait plus seulement de présenter l’atelier de français parlé, celles qui l’organisaient et ceux qui y participaient. Nous devions interroger les personnes sur vision de l’héritage et les amener à s’inscrire dans un événement qui dépassait leur atelier hebdomadaire.
Faire un podcast, ce n’est pas « faire boîte enregistreuse »
Ce que j’ai apprécié, comme pour le premier projet de podcast, c’est de participer activement à la conception des séances. Ce n’est évidemment pas toujours possibles dans tous les projets car on n’a pas forcément les compétences nécessaires mais dans le cas précis, mon expérience de 10 ans dans l’enseignement, m’a permis de faire des propositions en amont et de prendre un charge pendant chaque séance une partie du groupe.
Quand bien même on ne peut (ou ne veut) pas aller aussi loin dans l’implication du projet du client, je trouve toujours appréciable de s’imprégner de l’univers et des objectifs du client pour mieux les mettre en avant. Dans un précédent projet pour SciencesPo Paris, le groupe d’étudiants dont j’accompagnais le travail portait sur l’écologie et les jeunes, des thèmes auxquels je m’intéresse comme simple citoyenne. Je ne suis ni militante ni experte mais j’ai approfondi le sujet en parallèle des sessions de travail pour que tout cela ait du sens. C’est une valeur ajoutée au contenu audio final. Mieux on comprend ce que le client aborde, mieux on le transmet.
Entre partage et reportage
En 2024, l’objectif qui m’avait été fixé par ce même client était de présenter et donner de la visibilité à l’action socio-culturelle menée par le réseau des médiathèques de la ville, en l’occurrence cet atelier de français parlé. L’augmentation de fréquentation cette année est sensible. L’atelier n’a plus besoin de publicité pour être connu. Bien sûr, la visibilité ne nuit jamais. Il peut également y avoir des enjeux internes aux institutions et on peut considérer l’impact de communication interne que peut avoir le podcast, même si ce n’est pas la première intention du projet. Mais pour revenir à « Nos héritages », l’intérêt de cette deuxième série de podcast était lié à la perspective de présentation du contenu audio à l’occasion d’un événement officiel, ouvert à tous les usagers de la médiathèque et les curieux.
Pour sa première nuit de la lecture, le vendredi 23 janvier, la médiathèque avait décidé d’inviter Dalie Farah, une romancière à la sensibilité et à la plume ultra-aiguisées. Son œuvre ne cesse de s’interroger sur les forces et les fardeaux dont on hérite, en particulier de sa mère. En préambule de la lecture chantée de l’auteure, nous avons présenté, en présence de plusieurs participantes de l’atelier de français parlé ( et dans une salle comble !), le premier épisode de la série. En tant que créatrice du podcast, j’étais touchée par cette visibilité mais plus encore par la fierté des femmes qui avaient osé s’exprimer au micro !
Chaque projet est vraiment unique
Même si le client et le contexte sont les mêmes que pour un précédent projet mené en commun, le podcast sera de toute façon différent. Il faut rester vigilant pour ne pas se répéter mais si, dès le départ, les objectifs sont clairement définis et que le client cherche à transmettre un nouveau message, cela diminue les risques de redites.
N’oublions pas qu’une partie du travail du concepteur de podcast est d’habiller, de mettre en forme le contenu audio. On ne livre de manière brute et linéaire les enregistrements. C’est d’ailleurs là tout le plaisir de l’écriture et du montage. On choisit notamment l’habillage musical et les bruitages. On met en scène de manière originale le propos. Il ne s’agit pas de « faire original » avec des bizarreries, mais bien de créer un contenu unique, spécifique au projet en cours. Il faut que la série de podcast ait son identité propre.
Avoir un client fidèle est une chance pour la créativité !